Qu’est-ce que le Digital Nomad Visa ?
Les visas « Digital Nomad », aussi appelé visas Nomades Numériques, sont en plein essor, grâce notamment à la normalisation du télétravail durant la Covid. Certains pays autorisaient déjà la résidence et le télétravail avant cela, sans que cela soit structuré. Le premier pays à officialiser et proposer un visa complètement dédié aux nomades numériques a été l’Estonie, en 2020. De nombreux pays ont par la suite suivi le mouvement en créant un cadre légal d’un point de vue de l’immigration pour ce mode de travail à distance, axé sur la digitalisation des processus et les échanges instantanés.
Ces visas Nomades Numériques permettent le travail en ligne et à distance : cela implique de vivre et de travailler dans un pays tout en percevant un revenu auprès d’un employeur ou de clients situés hors de ce pays. Pour la plupart, ces visas Nomades Numériques proposent des statuts de courte durée qui permettent d’attirer des travailleurs qualifiés, de stimuler l’économie et de revitaliser le tourisme des pays d’accueil ; le tout en créant moins de tensions sur le marché de l’emploi que des visas de travail.
Pour une entreprise, c’est aussi une stratégie RH de proposer du travail à distance pour attirer ou retenir des talents. Cependant, il faut garder en tête que de nombreux critères sont à vérifier comme le revenu, l’âge, l’ancienneté, la durée du séjour…. Bien que ces visas mettent un cadre légal sur le travail à distance de ressortissants étrangers en termes d’immigration, il est important d’également prendre en compte les aspects de fiscalité et de Sécurité sociale avant de mettre en place une politique interne de « worldwide télétravail ».
Quels pays proposent un statut de Digital Nomad Visa ?
Depuis les premiers pas en 2020, la liste des pays qui proposent un visa Digital Nomad s’est allongée, avec des critères et des conditions toutes différentes. Voici une liste à jour (été 2025) ci-dessous, avec des visas dédiés ou bien permettant un statut équivalent, souvent appelés “freelancer” ou “self-employed”.
Europe
| • Albanie • Allemagne ** • Andorre • Arménie ** • Croatie • Chypre • Espagne • Estonie • France ** • Géorgie • Grèce • Hongrie • Islande** | • Italie • Lettonie • Macédoine du Nord • Malte • Moldavie • Monténégro • Norvège • Pays-Bas ** • Portugal • République Tchèque • Roumanie • Serbie |
Amériques et Caraïbes
| • Anguilla • Antigue Et Barbude • Argentine • Aruba • Bahamas • Barbade • Bélize • Bermudes • Brésil • Canada * • Colombie • Costa Rica • Curaçao | • Dominique • El Salvador • Équateur • Grenade • Iles Cayman • Mexico • Montserrat • Panama • Pérou • République Dominicaine ** • St Lucie • Uruguay |
Asie et Océanie
| • Australie ** • Bali (Indonésie) • Corée du Sud • Inde * • Japon • Kazakhstan • Kirghizistan | • Malaisie • Nouvelle-Zélande * • Philippines • Sri Lanka • Taïwan • Thaïlande • Turquie |
Afrique et Moyen-Orient
| • Afrique du Sud • Cap Vert • Émirats arabes unis (Dubaï) • Émirats arabes unis (Abu Dhabi) | • Kenya ** • Ile Maurice • Namibie • Seychelles |
* visitor ou business visas qui permettent le télétravail
** visas autres, mais proposant un statut similaire avec restrictions particulières
Certains autres pays proposent des statuts s’en rapprochant ou bien travaillent sur la mise en place d’un visa Nomade Digital ou équivalent.
Comment obtenir un Digital Nomad Visa ?
Comme pour des procédures d’immigration classiques, chaque pays a ses propres critères, et chaque situation est unique. Il n’existe pas de procédure, de critères ou de liste de documents nécessaires applicable à l’ensemble des pays proposant un Digital Nomad visa, où à tout type de profils. Voici cependant quelques points à vérifier afin de bien préparer une telle demande de visa :
- Le revenu : certains pays demandent des preuves de revenus importants dans le but d’attirer une immigration choisie ; et que les revenus soient perçus à l’étranger.
- La durée : beaucoup favorisent de courtes durées sans renouvellement possible.
- Digitalisation du travail : le travail autorisé doit être digital, ne nécessitant pas d’être présent sur les sites locaux.
- Secteur d’activité : une grande partie des pays limitent les secteurs d’activité et les titres de poste acceptés pour ce type de visa.
Les personnes pouvant potentiellement obtenir ces visas Nomades Numériques sont donc :
- Des télétravailleurs
- Des indépendants proposant leurs services à des clients à l’étranger
- Des entrepreneurs, gérant leur entreprise et activité à distance, généralement en ligne
- Des créateurs numériques, générant des revenus en ligne
- Des consultants et spécialistes indépendants ; experts fournissant des services spécialisés à distance
L’aspect Sécurité sociale dans ce type de mobilité
L’aspect Sécurité sociale est aussi important à prendre en compte dans ce type de mobilité, car cela engendre des responsabilités et obligations pour l’employeur.
En effet, la législation n’a pas encore rattrapé les évolutions dans la pratique du télétravail.
Néanmoins, qu’il soit en France ou à l’étranger, un salarié en télétravail possède le même statut qu’un salarié en présentiel. L’employeur a donc envers lui les mêmes obligations de santé et de sécurité.
La règle de base est « je cotise là où je travaille » sauf s’il est possible de prévoir une exception en vertu d’accords internationaux.
Il convient de distinguer 2 situations :
- Les employés qui partent temporairement en télétravail.
- Les travailleurs indépendants.
Les employés qui partent temporairement en télétravail
Télétravail Intra-européen > il sera nécessaire de faire une demande de certificat A1 auprès de l’administration compétente du pays d’origine (lieu du contrat).
Télétravail hors zone UE/EEE > il faudra de nouveau distinguer deux possibilités :
→ Vers un des pays ou territoire avec lequel le pays d’emploi a signé un accord bilatéral de Sécurité sociale > il sera nécessaire de faire une demande de Certificat de Détachement (CoC) auprès de l’administration compétente du pays d’origine (lieu du contrat).
→ Vers un pays ou territoire avec lequel le pays d’emploi n’a pas signé d’accord bilatéral de Sécurité sociale > il sera nécessaire de se reporter à la législation locale et de prévoir une assurance privée.
Les travailleurs indépendants
Télétravail Intra-européen > les travailleurs indépendants sont exclus des accords relatifs au télétravail intraeuropéen. Le travailleur indépendant devra donc s’affilier à la Sécurité sociale du pays d’accueil.
Télétravail hors zone UE/EEE > aucun accord bilatéral ne prévoit de disposition particulière pour les travailleurs indépendants.
Il est nécessaire de se reporter à la législation locale et de prévoir une assurance santé privée.
Les cas concrets
Pour le télétravail intra-européen :
Dans le cas d’un français partant en télétravail en Allemagne :
Immigration : exemption de procédure
Sécurité sociale : demande de A1
Permis de résidence : enregistrement à la commune si la durée est supérieure à 90 jours
Dans le cas d’un collaborateur Marocain possédant un titre de séjour en Espagne voulant télétravailler en Belgique
Il est important de noter que dans le cas de non Européen résidant en Europe, les formalités varient en fonction de la durée et du pays d’accueil.
Pour les séjours de moins de 3 mois : les mêmes conditions qu’un collaborateur Européen s’applique.
Immigration : exemption de procédure pour des voyages de moins de 90j/180j en zone UE.
Sécurité sociale : demande de A1
Enregistrement local : aucune démarche, le titre de séjour dans un pays d’Europe permet de séjourner 90j/180j dans l’UE.
Pour les séjours de plus de 3 mois. Il est nécessaire d’appliquer la législation du pays en matière de permis de résidence. Dans le cas de la Belgique :
Immigration : demande de permis unique sans autorisation de travail
Sécurité sociale : demande de A1
Permis de résidence : enregistrement à la commune de résidence
Attention également à ne pas confondre télétravail et missions de détachement. Le télétravail doit être effectué dans un lieu privé (lieu de résidence familial, hôtel, location temporaire, co-working). Les missions de détachement peuvent être effectuées sur site client ou en intra-compagnie et des démarches spécifiques sont obligatoires.
Pour le télétravail hors de la zone Europe
Dans le cas d’un collaborateur français partant pour la Nouvelle-Zélande dans le cadre d’un visa Digital Nomad.
Les autorités ont décidé d’élargir le visa visiteur aux travailleurs temporaires et digitaux. Attention, le but premier du demandeur sur le territoire ne doit pas être le travail. C’est donc une procédure relativement simple. Cependant, il n’existe pas d’accord de sécurité sociale (CoC) entre les deux pays.
Dans le cas d’un collaborateur français partant pour le Japon dans le cadre d’un visa Digital Nomad.
Le visa Digital Nomad est un statut à part entière avec une procédure dédiée et des critères bien précis. Cependant, il existe un accord de Sécurité sociale (CoC) entre la France et le Japon.
Afin de mieux exposer ces deux approches, voici un tableau comparatif :
| Visa particulier ? | Durée | Renouvellement possible sur place ? | Salaire minimum | Sécurité sociale | |
|---|---|---|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande | Non mais un ETA : autorisation électronique de voyage + autorisation d’entrée à l’arrivée | Visites de 3 mois maximum ; total de 6 mois sur 12. | Non | N/A. Pas de perception de salaire dans le pays ni de la part d’un employeur néo-zélandais. | Pas d’accord double affiliation nécessaire. |
| Japon | Oui, Digital Nomad Visa. | 6 mois maximum | Non | Oui, 10 million JPY/ an, soit ~ 57 900 EUR /an ; le salaire doit être perçu hors Japon et venir d’un employeur étranger. | Accord entre les deux pays : Demande de CoC nécessaire + assurance privée. |
Ces différentes procédures, peuvent avoir un impact considérable en termes de budget pour une entreprise qui souhaite accompagner ses collaborateurs dans ces démarches.
- Demande de certificat A1 ou CoC
- Double cotisation possible
- Assurance privée
- Demande de visa
- Enregistrement local
Conclusion
Les visas Digital Nomad (Nomades Numériques), ou qui autorisent le travail à distance, sont aussi nombreux et variés que les pays qui les proposent.
Dans la plupart des cas, ces visas imposent aux demandeurs de travailler pour des entreprises externes à leur territoire, limitent les sources de revenus et nécessitent que ces dernières soient étrangères.
Pour la majorité, ces visas sont prévus pour des missions temporaires et ne permettent pas d’accès à la résidence permanente. Il est également difficile dans la plupart des cas de pouvoir changer de statut sur place vers un statut plus pérenne (tel qu’un permis de travail et de résidence).
Il est par ailleurs nécessaire de prendre en compte les sujets annexes de la fiscalité et la Sécurité sociale afin d’avoir une vision complète des démarches et des impacts pour ces types de mobilités.
Dernière mise à jour: 2 mars 2026